Ainsi donc, nous nous prénommons :

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Sous ce très long vocable se cachent près de huit siècles d’histoire, auxquels nous allons tenter de vous intéresser.

Sachez d’abord que nous sommes une Gilde. Ne parlez donc pas de nous comme d’une association, d’une société ou d’un groupement ! Non ! nous sommes une Gilde !

Certes, des points de vue administratifs et légaux actuellement en vigueur dans notre pays, nous ont mis dans l’obligation d’adopter la forme juridique d’A.S.B.L. ! Nous laisserons cependant ce point de détail aux seuls soins de notre secrétaire qui fatalement doit s’y référer constamment. Nous, nous nous permettrons de glisser seulement sur les sentiers de l’histoire !

Nous avons été la deuxième société belge reconnue et autorisée à porter le titre de « royale », et ce, à partir de 1852. Avant nous, la Grande Harmonie de Bruxelles avait également eu ce privilège. Cette dernière étant dissoute, nous sommes devenus, de fait, la société royale la plus ancienne de Belgique.

Tout d’abord, qu'est-ce qu’une Gilde ?

Le terme « Gilde » ou « Guilde », trouve son origine dans le moyen néerlandais issu du latin médiéval : Gilda, signifiant troupe et par extension corporation.

Les Gildes armées, dont nous faisons partie, étaient constituées dans les premiers temps, en une réunion de Compagnons armés pour la défense de la communauté, dont les membres versaient un écot destiné aux frais d’un banquet annuel, tradition séculaire des grandes gildes.

A leur tâche militaire s’ajoutait un devoir religieux doublant étroitement leur devoir civique.

Certaines gildes, et c’est notre cas, recevront le  titre de « Serment », leur octroyé parce que certains de ses compagnons, tireurs gagés par les villes, étaient tenus de jurer fidélité et allégeance au prince et à l’administration du lieu.

A l’heure actuelle, les membres admis en qualité de nouveau compagnon arbalétrier, prononcent toujours, en présence de l’Officier représentant notre Grand Maître, Sa Majesté Philippe, et par-devant notre chapelain, la formule ancienne de prestation de serment de 1213 :

« Je jure fidélité au Duc de Brabant  et au conseil de sa bonne Ville de Bruxelles,
aide et obéissance au régiment de ma Gilde
et de respecter les statuts et règlements de l’Ancien Grand Serment de l’Arbalète.

Ainsi m’aident Dieu et Notre-Dame au Sablon ».

En temps de paix, les arbalétriers de la Grande Gilde exerçaient un rôle de police à l’intérieur de l’enceinte de la cité. Ainsi, ils étaient appelés à ce service lors des incendies nombreux à l’époque, la plupart des bâtiments étant recouverts de toit de chaume. En fait, ils protégeaient les pompiers volontaires, souvent des moines, de la curiosité de la foule et prévenaient les pillages. Si vous assistez un jour à notre messe de l’Ascension, vous verrez une délégation de pompiers en tenue à l’ancienne. L’un et l’autre se retrouvaient sur le front du feu, et c’est ce que l’on désire encore montrer.

Une activité moins connue par le grand public est celle du rôle social qu’exerçaient les arbalétriers de la Grande Gilde auprès des plus faibles et plus démunis de la société de l’époque. Cet esprit est toujours d’actualité en notre Serment. Le premier souverain belge, Léopold Ier, très au courant de ce fait, n’oublia pas de faire broder sur l’avers de la bannière qu’il nous offrit, en symbole de notre engagement social, le pélican qui s’ouvre la poitrine pour nourrir ses petits.

Notre histoire au cours des années

Comme dans toute ancienne gilde, certaines années furent marquées par des événements particuliers. Nous participâmes à plusieurs batailles, appelés en renfort ou suivant simplement notre souverain. Ceux, que la chose intéresse, ont tout avantage à se procurer le livre vendu en nos murs  « De Groote Gulde à L’Ancien Grand Serment – Tome II », écrit par le Compagnon Doyen François SAMIN.

Certains faits,  vu l’importance de l’événement dans notre histoire, méritent cependant d’être relatés ici.

          1213 - l’Année de notre fondation ?

Arbalétrier-1213La date de fondation de notre Gilde et la remise de privilèges à celle que l’on dénommait « de Groote Gulde » remonteraient, selon les historiens, à l’année 1213, et ce, à la suite de faits d’armes accomplis pour le duc de Brabant Henri Ier. Nous aurions participé au rétablissement de l’ordre public dans la cité, alors que des Louvanistes, lors d’un mariage bruxellois célébré sur les bords de la Senne, côté nord de la ville, près la chapelle Saint-Laurent, auraient tenté de jeter le trouble dans la fête du jour. Il s’agit là, bien entendu d’une assertion de tradition qui ne peut être vérifiée.

Placée donc par les historiens en 1213, la date exacte d’institution du Grand Serment est encore ignorée ! Il est cependant positif que cette corporation existât antérieurement à cette date et nous pensons pouvoir affirmer que nous sommes une des plus anciennes gildes qui est encore en activité.

Le souverain en nous donnant le statut de « Serment » — puisque désormais il y avait obligation de prêter serment d’allégeance au duc – nous accorda certains privilèges, dont le monopole de l’exercice à l’arbalète et la reconnaissance de la personnification civile. Cette dernière ouvrait le droit d’acquérir, détenir et administrer des biens meubles et immeubles. Forts de ces privilèges, les arbalétriers deviennent une unité autonome, commandée par des chefs choisis parmi leurs membres, et ce, sans intervention de l’autorité séculière ou religieuse. Confrérie religieuse, réservée cependant aux seuls laïcs, elle a donc désormais la faculté de se faire construire une chapelle, voire une église, mais il faudra attendre 1304, pour que la chose prenne corps.

Le nombre de confrères n’est pas limité et une entraide caritative s’installe qui inclut femme et enfants des arbalétriers. La Gilde comprend à côté des bourgeois arbalétriers, car il faut appartenir à la bourgeoisie bruxelloise pour être accepté dans ses rangs, des membres inscrits pour le seul plaisir du tir et qui ne sont pas astreints aux mêmes devoirs.

          1301 - La révolte des Malinois

Arbalétriers-à-Malines

 

 

Les arbalétriers de la Gilde fournirent des effectifs à leur prince le duc Jean II pour soutenir le blocus contre la ville de Malines qui s’était révoltée. C’est  ce que le dessin ci-contre, tiré de la bande dessinée « Bruxelles, mille ans d’épopée », nous fait découvrir.

 

 

 

 

1302 - La bataille des éperons d’or

Lorsqu’en 1280 la comtesse Marguerite de Constantinople décède, le comté de Flandre échoue à Guy de Dampierre, fils d’un deuxième mariage et en cette fin du XIIIe siècle la révolte gronde dans les grandes villes flamandes ; le peuple et les artisans s’opposent aux riches marchands ou patriciens. Ces derniers rendent justice et gouvernent les communes en accablant les Métiers « Corporations » de taxes exorbitantes.

Le comte ne cache pas sa sympathie envers le prolétariat et prend sa défense.

L’écu du comte de Flandre se décrivant comme suit : d’or (jaune) au lion de sable (noir) armé (griffes) et lampassé (la langue) de gueules (rouge) et sa devise en étant « Vlaanderen die leu », « Flandre au lion » donna naissance à la dénomination  pour cette faction, de « Klauwaerts » (hommes des griffes). Sous - entendez des griffes du lion qui figurait dans les armoiries du comté de Flandre.

Pour mater la révolte des Klauwaerts, les patriciens font appel au roi de France Philippe IV le Bel. C’est normal, puisque le roi de France est le suzerain du comté de Flandre. Prenant le blason azur (bleu) semé de lys d’or (jaune) on leur octroya l’appellation de « Leliaerts » (hommes des lys).

La guerre est déclarée et les belligérants se rencontrent le 11 juillet, dans la plaine de Groeningen près de Courtrai.

Les troupes françaises, sous le commandement de Robert d’Artois, de Raoul de Nesle et du comte de Saint Pol, comptaient dans ses rangs dix mille archers et arbalétriers italiens génois, basques et espagnols, treize mille hommes à pied et huit mille cavaliers, dont la majorité représentait la fleur de la chevalerie française.

Nous sommes aux côtés du comte de Flandre ? L’épouse de Jean 1er étant la fille de Guy de Dampierre, comte de Flandre, le Duché de Brabant avec le comté d’Hainaut et le comté de Namur se rallient à la bannière de Guy de Dampierre. Cela donne vingt mille hommes de troupe, cinq mille archers et arbalétriers. Tiens ! Nous voilà ! Probablement inclus dans la piétaille et selon certaines chroniques, vêtus de noir « comme poix ».

Les troupes étaient sous le commandement de Jean Ier de Namur, Guy de Dampierre ayant été fait prisonnier du roi de France Philippe IV.

Au matin, les archers et arbalétriers italiens (Génois), mercenaires du roi de France, entament les hostilités avec un certain succès.

Après un échange de flèches et carreaux d’arbalètes, les Français font avancer leurs fantassins jusqu’au fossé qui les sépare des troupes adverses, mais les chevaliers français sont impatients de récolter les fruits d’une victoire facile ! Ils s’élancent dans la clairière et dans leur précipitation s’embourbent dans les marécages. Le corps d’armée de Raoul de Nesles, puis celui de Robert d’Artois s’engouffrent dans le piège qu’avaient en fait tendu les « Klauwaerts ». Les chevaliers lourdement armés ne peuvent s’extirper du bourbier. Les chevaux tout aussi embourbés, dans l’impossibilité de se mouvoir, sont devenus des cibles idéales pour les arbalétriers du comté de Flandre, du comté de Namur et du duché de Brabant dont nous sommes. Ceux-ci armés d’arbalètes à moufle décochèrent des flèches sans pointe, mais pourvues à l’extrémité d’un « maque » (embout en bois). La force de l’impact de la flèche sur l’armure du chevalier désarçonne ce dernier, le fait tomber à terre. Étant dans l’impossibilité de se relever il est tué sur place par les fantassins, armés d’une masse en bois parsemée de pointes en fer. Et tous ces Flamands, emportés par leur victoire, leur souhaitent un joyeux et dernier « goedendag ». Le mot de passe des Flamands était : « Es GildenVriend », « êtes-vous ami de la Gilde » prononcé erronément par le Français en « Schild en Vriend ».

Les chevaliers morts furent dépouillés de leurs éperons qui étaient en or, sinon dorés, d’où le nom de la bataille.

1304 - La Chapelle du Grand Serment - L’origine de l’Ommegang

Le double caractère de corporation civile et religieuse, étroitement lié au Moyen-âge, obligeait le Grand Serment de l’arbalète à disposer d’un lieu de culte qui se devait d’être à la hauteur de son renom et de son importance dans la cité.

En 1304, la Grande Gilde sous le règne de Jean II, une charte en fait foi, aura l’occasion de construire une chapelle en l’honneur de la Vierge, au lieu dit « le Sablon ».

Que dit la charte de 1304 ? Il y est stipulé, que la mère supérieure, les sœurs et frères de l’hôpital Saint-Jean au Marais à Bruxelles, cèdent à la Grande Gilde de l’arbalète une partie d’un terrain situé hors des murs de l’enceinte primitive de Bruxelles, à l’endroit appelé « Saedelwech », « chemin au sable » qui depuis quatre ans leur servait de cimetière, pour y construire une église ou chapelle en l’honneur de la Vierge. Les frères et sœurs déclarent formellement dans cet acte, que la cession de cette partie de terrain est faite aux arbalétriers du Grand Serment à titre purement gratuit et pour corroborer cette disposition, ils s’engagent à ne jamais élever aucune prétention sur les biens que l’église pourrait acquérir par testament, par aumône, offrandes ou tout autre moyen. En vue de financer les travaux, les arbalétriers s’engagent à léguer à leur mort, à la chapelle, leur meilleur chaperon et la meilleure arbalète avec ses accessoires. Si le Compagnon décédait en cours de l’année où il était « Roy du Serment », il devait de plus léguer le joyau qu’il avait reçu comme prix de son adresse au tir et léguer également son uniforme au complet. Cette charte fut soumise au duc Jean II qui la revêtit de son sceau ducal.

L’édifice religieux ainsi construit est encore témoin de tous les grands évènements de notre Gilde : prestation de serment des nouveaux Compagnons, remise des colliers des Roys de tir, et ce, en présence du Représentant de Sa Majesté le Roi « Grand Maître de la Gilde », l’enterrement d’un Compagnon, la messe d’obit pour le premier anniversaire du décès d’un Compagnon, etc. Les enfants des Compagnons peuvent y être baptisés et leur mariage peut y être célébré.

Arrivée-BéatriceEn 1346, fut transportée en grande pompe dans l’église encore en construction de Notre-Dame au Sablon, une statuette de la Vierge vénérée depuis longtemps dans la cathédrale d’Anvers sous le vocable d’« Onze Lieve-Vrouw op ‘t Stoksken ». Une légende, plusieurs versions existent, raconte qu’au IXe siècle déjà, il y avait à l’endroit de la cathédrale d’Anvers, une chapelle dédiée à la Vierge, laquelle fut détruite par les Vikings.

À la suite de cette destruction, la statue de la Vierge fut retrouvée dans un arbre, d’où l’origine du nom « Onze Lieve-Vrouw op ‘t Stoksken » et la base d’une croissance explosive d’un culte lui rendu. La statuette retrouva sa place dans la cathédrale d’Anvers. Une vieille femme très pieuse et fort dévote qui la vénérait très fort, « Béatrice SOETKENS », eut une apparition. La Vierge lui ordonnait de porter la statuette à Bruxelles au lieu dit « le Sablon », afin de remercier les arbalétriers de la Grande Gilde, bâtisseurs d’une chapelle élevée en son honneur.

D’Anvers, Béatrice SOETKENS descendit en barque l’Escaut, puis le Rupel pour arriver à Bruxelles via la Senne. Elle fut accueillie par le duc Jean III, son fils Henri, le Magistrat, les métiers et les arbalétriers du Grand Serment qui transportèrent la statue en grande pompe dans la chapelle du Sablon.

Il fut décidé de commémorer annuellement l’arrivée à Bruxelles de Notre-Dame à la branche par une grande procession religieuse appelée Ommegang, dont le mot est tiré du flamand « omme » autour et « gaen » aller.

Au départ, on parcourait en procession le chemin entourant la chapelle, puis le parcours s’allongea, pour faire ce que nous devrions appeler aujourd’hui et en français, un détour. En effet, la procession partit ensuite de la chapelle du Sablon pour rejoindre la Grand’Place de Bruxelles par la Halle-aux-Blés, la rue du Chêne et la rue de l’Étuve. Les arbalétriers du Grand Serment escortant la Vierge, entourée de moines vêtus de blanc tenant chacun un cierge allumé, la procession se rendait donc à la Grand’Place, à leur local, au deuxième étage de la Maison du Roi à la Grand’Place, mais en empruntant plusieurs rues avoisinantes à celle-ci. Après, avoir été reçu à l’Hôtel de Ville où l’on servait un repas aux principaux acteurs, la procession rejoignait le Sablon par le Steenweg (rue de la Madeleine) puis la place Saint-Jean et direction finale le Grand Sablon. Au retour de la procession, on élisait un chef doyen, les sous doyens, quatre jurés et quatre maîtres de l’église du Sablon. Tous les confrères prenaient ensuite place autour d’une grande table où un repas copieux était servi. Après le repas, on allait tirer l’oiseau royal placé sur le sommet de la petite tour surmontant le chalcidique de l’église.

La procession présentée en l’honneur de la présentation du prince Philippe (futur roi d’Espagne sous le nom de Philippe II) par son père l’Empereur Charles Quint, est particulièrement connue, parce qu’elle fut entièrement reproduite par un artiste espagnol. Ses croquis sont d’ailleurs à l’origine de la représentation actuelle de cet événement.

En 1615 lorsque l’Infante Isabelle tira Roy au Grand Serment, un Ommeganck spectaculaire fut organisé en son honneur. Cet évènement a été immortalisé par le peintre Van Asloot, dont l’œuvre se trouve dans un musée à Londres.

OmmegangCette tradition, hélas perdue par les faits de la Révolution française, fut remise à jour en 1930 par nos confrères de Saint-Georges. Les Compagnons de notre Serment y participent encore fidèlement chaque année, avec une petite pointe de différence cependant ! C’est certes devenu partie intégrante du folklore bruxellois, mais pour nous, c’est aussi et avant tout, l’antique hommage rendu à la Vierge par notre Serment.

Vous trouverez quelques documents montrant notre participation à ce prestigieux spectacle, dans notre rubrique « Albums ».

 

1381 : La Charte des Ducs de Brabant « Jeanne et Wenceslas »

C’est un des documents les plus importants de l’histoire de la Grande Gilde. Cette charte, élaborée le 4 mai 1381, est le premier document connu et actuellement archivé, qui renferme des privilèges accordés au Grand Serment. Elle confirme de plus les termes d’un acte daté du mois d’avril 1304, dont le texte originel est perdu, qui stipulait la cession d’une partie du cimetière de l’hôpital Saint-Jean à la Grande Gilde en vue de la construction d’une chapelle, celle de Notre-Dame au Sablon.

Cette confirmation mentionnant la fusion, voulue par le duc, entre la Grande Gilde et Saint-Laurent, était nécessaire. Une scission se créait au sein du Grand Serment, les scissionnistes réclamant pour eux le rétablissement de la Gilde de Saint-Laurent. Le tout refusé par Jeanne et Wenceslas, laissera au Grand Serment la propriété de la chapelle et l’hospice Saint-Laurent.

Il est ajouté de plus dans la Charte de 1381 :

« Nous voulons et acceptons que la Grande Gilde des arbalétriers qui relève de nous et de notre ville, tienne et utilise toutes les libertés, ordonnances et compagnies qu’elle a utilisées jusqu’à présent, que ladite Grande Gilde et la compagnie des arbalétriers tienne avec une unité de bonne entente, et cela, avec les doyens et les personnes assermentées comme il convient et comme on en a eu l’habitude. Nous voulons en outre de façon absolue qu’à l’avenir ne soit jamais instituée, faite ou tenue, en dehors de la ville de Bruxelles, une autre Gilde ou compagnie d’arbalétriers, ni d’avoir des vêtements, chaperons ou des membres, de tenir des réunions et des parties de tir pour y tirer des prix ou faire des Roys, sauf si cela convient à la Grande Gilde qui relève de nous et de notre ville. Et, comme nous voulons que les points mentionnés ci-devant et ceux qui seront à l’avenir, en unité de bonne entente, tenus et poursuivis par la Grande Gilde soient inséparables sans créer d’aucune façon une autre gilde ou compagnies d’arbalétriers en notre dite ville, nous ordonnons et décidons, pour nous et nos successeurs, que nul à l’avenir en aucun cas ne pourra agir contre ces points et ordonnances du fait de ce qu’ils tiennent de nous, toute mauvaise foi étant exclue ».

Ce texte, traduction de la charte écrite en flamand, se résume en fait à ceci : Nous reconnaissons à la Gilde du Grand Serment l’usage des privilèges anciens lui acquis et nous ordonnons que cette compagnie d’arbalétriers soit et reste unique dans notre ville de Bruxelles.

Il y aura pourtant une dérogation.

          1387 : Fondations du Serment de Saint Georges

Ignorant la charte du 4 mai 1381, certains Bruxellois entendaient s’exercer et s’amuser au tir à l’arbalète, même sans appartenir à la société officielle.

En 1387, le Magistrat de Bruxelles, rappelant le texte de cette ordonnance, dissous toutes ces sociétés, sauf une, laquelle devait avoir acquis une certaine force, une certaine influence et inspirer confiance, puisqu’on ne lui applique pas la mesure d’interdiction prise à l’égard des autres.

Il se crée donc en cette année, un nouveau serment, appelé communément « Petit Serment ». Il se place sous la protection de Saint Georges, saint patron séculaire des arbalétriers délaissé par le Grand Serment, lequel s’est mis sous la protection de Notre-Dame au Sablon. Il reste néanmoins que tout en ayant une existence autonome, nommant ses doyens, ayant son local et recevant des subsides, la nomination de son capitaine, commandant en temps de guerre, est toujours réservée au Grand Serment. Cette dernière clause prouve que l’on suit toujours la charte de 1381, qui disait « …sauf si cela convient à la Grande Gilde qui relève de nous et de notre ville. » Cela devait convenir puisque nous décidions de la nomination du capitaine.

En 1785, l’historien bruxellois, l’abbé MANN, tout en donnant une date que nous pensons inexacte, explique : la confrérie que l’on nomme communément le Serment de Saint-Georges, tire son origine du Grand Serment : comme celui-ci était devenu trop nombreux, on le sépara cette année (il cite 1422 ?) en deux confréries.

Que l’on nous permette une suggestion ! Nous pensons que la Ville, plus peuplée, ayant élargi ses murs de défense, dut prévoir un effectif de défense plus sérieux et prit une décision obligée pour augmenter le quorum décidé auparavant des soixante arbalétriers du Grand Serment. De plus, nous basant sur l’emploi de l’expression « petit » utilisée populairement pour désigner « l’enfant de…, le petit de…, mon petit, etc. », nous pensons y voir l’origine du titre donné – on dit communément et pas officiellement – au nouveau Serment. Cela confirmerait l’assertion de l’abbé MANN. Mais, il reste entendu que nous ne sommes pas historiens, encore moins linguiste !

          1406 - Le Duché de Brabant sous les Ducs de Bourgognes 
                   - Les premiers Roys de tir connus

Jeanne de Brabant décède le 1er décembre 1406. Par son décès, la maison de Louvain s’éteint et le Brabant passe sous l’autorité des ducs de Bourgogne.

Philippe de Saint-Pol décède sans enfants. Les Etats du Brabant décident d’offrir le duché de Brabant, celui du Limbourg, le marquisat d’Anvers et la seigneurie de Malines au plus proche héritier de Philippe de Saint-Pol, son cousin germain Philippe le Bon.

Aux comtés de Flandre et d’Artois, à la Bourgogne et à la Franche-Comté, hérités de son père, Philippe le Bon ajoute les comtés d’ Hainaut, le comté de Namur, achetés à Jean III, les comtés de Hollande, Zélande et Frise, enlevés à sa cousine Jacqueline de Bavière, le duché de Luxembourg, acheté à Elisabeth de Goërlitz. La principauté de Liège, état sous obédience du Saint-Empire, est quand même gouvernée par son neveu Louis de Bourbon…

Il a ainsi rétabli en quelque sorte les possessions de Lothaire, et appelle ses territoires les « Pays de par-deçà ».

Les Ducs de Bourgogne délaissent l’ancienne capitale Louvain, partiellement en raison des soulèvements trop fréquents de la plèbe, mais aussi pour certains motifs de centralisation. Bruxelles devient le séjour favori de la Cour.

La ville a acquis, du point de vue politique, une importance nouvelle et notre Serment profite de l’entourage des courtisans et visiteurs étrangers. A partir de cette époque, le tir de Roy s’ouvre à certains visiteurs illustres. Leurs visites et leurs tirs s’inscrivent dans l’histoire de notre Gilde. Nous présentons ces illustres personnages dans la rubrique « Nos Roys », consacrant la présente page à l’histoire générale de notre Gilde.

          1412 : Réorganisation du Grand Serment
                     Nouvel Uniforme
                     Règlement de la Grande Gilde

Les Arbalétriers reçoivent en 1412 une nouvelle organisation et un uniforme. La Ville assigne une allocation fixe à ses soixante tireurs gagés et détermine les droits et obligations des membres effectifs et honoraires.

Nous connaissons le  nouvel uniforme choisi pour le Grand Serment. Il consistait en un habit écarlate à bordures vertes ;le chaperon était de la même couleur. Il fut porté pour la première fois en 1412.

De même, le nouveau règlement nous a été transmis . Nous lui avons consacré une rubrique particulière, que nous vous invitons à aller visiter. En effet, outre le règlement ancien de 1412, nous désirons donner une idée de notre règlement actuel, lequel s’en inspire, mais avec des effets atténués.

          1543 : Installation à la « Broodhuys », Grand’Place

Broodhuys

 

 

 

 

Le 13 avril de cette année, la Gouvernante des Pays-Bas, Marie de Hongrie, donne l’usage d’une des grandes salles du premier étage, côté gauche de l’escalier central, de la « Broodhuys », bâtiment du XIIIe siècle situé à la Grand’Place. La Gilde y installe son siège officiel, sa « Camer », son lieu de réunion et ses archives.

 

 

 

 

 

 

          1551 et 1559 : Lamoral, comte d’Egmont, deux fois Roy

Bien que repris dans notre rubrique « Roys - Ancien Régime », il nous faut mExécution-Egmont-Hornesentionner, à double titre, ce Grand de notre histoire.

Tout d’abord, avec Guillaume de Nassau, dit « le Taciturne », il partage le rare honneur d’avoir décroché par deux fois notre «papegai».

Ensuite, son exécution, suite à un procès dont nous connaissons tous les détails, faillit nous emporter à tout jamais, et marquer la fin de notre existence.

Après le funèbre travail, les corps des comtes d’Egmont et de Hornes, recouverts d’un drap de deuil, furent laissés sur la Grand’Place. Pendant la nuit, malgré les ordres formels du duc sanguinaire, les arbalétriers enlevèrent les corps et les veillèrent toute la nuit au couvent des « Recolets » (situé à l’emplacement de l’actuelle Bourse) . Dans leur idée, la chose ne pouvait qu’être normale, le Comte d’Egmont ayant été deux fois Roy de tir et donc probablement aussi membre du Grand Serment. Un tableau, peint au dix-neuvième siècle, exposé dans le musée communal de Tournai, représente cette veille. L’on aperçoit un carreau d’arbalète dans la main d’un des arbalétriers présents.

Ayant appris l’agissement des arbalétriers, le duc rédigea une ordonnance dans laquelle il stipula d’exécuter tous les arbalétriers de notre Gilde. Par bonheur, une intervention personnelle du roi Philippe II, suspendit cet ordre.

Comme vous voyez, ce jour-là, nous l’avons échappé belle, sans l’intervention royale, il n’y aurait plus, aujourd’hui de Grand Serment au Sablon.

          1599 : Entrée à Bruxelles des Archiducs Albert et Isabelle

En 1598, Philippe II avait signé un acte de cession (mais avec pas mal de réserves !) décidant de céder et transmettre tous les Pays d’En Bas et de Bourgogne à sa fille, l’Infante Isabelle fiancée à l’Archiduc Albert.

Nos peuples, après un certain moment d’hésitation, furent assez heureux d’avoir enfin des princes naturels. Aussi reçurent-ils les archiducs avec pompe, montrant finalement un réel enthousiasme populaire

Le 5 septembre 1599 - comme par hasard, il pleuvait ce jour là, au point que l’on faillit remettre la joyeuse entrée - le carrosse des Archiducs, attelés de six juments blanches, pénètre dans Bruxelles. Les cinq compagnies des Serments de Bruxelles, présents à leurs arrivées firent « belles salves », réitérées par trois fois. Quittant leur carrosse, les archiducs montèrent deux « genets blancs comme neige, superbement harnachés, le tout abrité de la pluie sous un dais tout en cannetille brodée de fils d’or et d’argent », précédés des Serments bannières déployées, des compagnies d’arquebusiers à cheval, des Gildes, du Magistrat, des représentants des Etats de Brabant, des gentilshommes de la cour, des ambassadeurs et des hérauts d’armes.

Pendant deux jours, le bon peuple festoya sur le Marché. Les Arbalétriers firent de même dans leur local, sans vraiment imaginer que commençait une des périodes les plus prestigieuses de leur histoire dans la Ville de Bruxelles.

          1615 : Tir de l’Infante Isabelle

Le tir réussi de Roy de l’Infante en 1615, allait nous combler de largesses et d’honneurs.

Tir-IsabelleInvitée par la Gilde à assister au tir, l’Infante vint, accompagnée de son mari, l’Archiduc Albert. Ayant exprimé au Doyen du Grand Serment, le désir de participer au tir, on l’aligna parmi les tireurs. Chose extraordinaire et merveilleuse, l’oiseau, une colombe blanche, retenue au haut du campanile de l’église par un ruban rose, fut libéré par le tir de notre souveraine. Dès lors, dans la liesse générale, elle fut proclamée Roy (et non Reine) de tir au Grand Serment de Notre-Dame au Sablon.

Menée en triomphe au maître-autel de notre église, elle y reçut des mains du Chapelain de la Gilde, le baudrier, emblème de sa nouvelle dignité, pour être conduite ensuite, aux applaudissements de la foule, à la Maison du Roi, ancien local du Serment. Des fêtes, données en son honneur et soulignant cet exploit, durèrent trois jours.

Quinze jours après le tir, les festivités furent poursuivies, toujours en son honneur, avec un éclat tout particulier lors de la sortie de l’Ommegang. Désirant commémorer cet événement, l’Archiduchesse commanda auprès de son peintre « Denis VAN ALSLOOT » une représentation complète et détaillée de cette sortie.

Cette œuvre, composée de plusieurs tableaux, s’étend sur vingt-cinq mètres et reprend plus de dix mille personnages. Grâce à l’aide de ses élèves, l’artiste acheva l’ouvrage en moins de huit mois. Une somme dix mille livres, selon un document se trouvant aux archives du Royaume, fut payée pour l’exécution de l’ensemble du travail.

La fierté de notre souveraine, Roy de notre Serment semble avoir été profonde. Cet exploit la rapprochait évidemment de son bon peuple de Bruxelles et de Brabant. et le Grand Serment, en signe de déférence et de respect, vota une résolution supprimant tout nouveau tir de Roy du vivant de l’Infante.

Le Grand Serment fit graver une médaille immortalisant l’exploit et l’archiduchesse lui offrit un drapeau. Elle fit ensuite construire, dans le jardin des arbalétriers, situé à la rue Isabelle, des pavillons couverts d’ardoises pour abriter nos tireurs ainsi que les buts de nouveaux berceaux, chaque pas de tirs étant séparés par des allées de charmilles. Enfin, en 1625 et sur autorisation royale, elle fait construire un bâtiment dans lequel les confrères arbalétriers du Grand Serment sont autorisés à organiser fêtes et récréations : la « Domus Isabellae ».

Lorsque le 1er décembre 1633, à quatre heures du matin, l’Infante mourut dans les bras de la reine française exilée Marie de Médicis, elle nous lègue encore une rente de deux cent cinquante florins pour célébrer son anniversaire par un banquet à offrir aux arbalétriers du Grand Serment.

Hélas, le pouvoir espagnol et ses exigences, nous avait à ce point désargenté qu’il fut impossible à notre peuple d’offrir à sa princesse des funérailles solennelles dignes de son rang et son affection ! C’est ainsi qu’en 1650, le corps d’Isabelle, après avoir été relégué pendant seize ans dans la chapelle de la Cour, dans l’attente d’une cérémonie officielle, fut transporté au milieu de la nuit, sans pompe, dans la cathédrale ou son corps fut déposé dans le caveau du chœur du Saint-Sacrement, à côté de celui de son mari. l’Archiduc Albert, lequel y reposait depuis 1621.

          1695 - Bombardement de la ville de Bruxelles par le Maréchal de Villeroy

Nous ne pouvons clore le XVIIe siècle sans parler du bombardement de la Ville de Bruxelles.

Broodhuys-sous-VilleroyEn juillet 1695, la ville de Namur, occupée depuis trois ans par les Français et défendue par le Maréchal de Boufflers, est assiégée par Guillaume III d’Angleterre, prince d’Orange. Ce dernier a décidé de faire tomber la place.

Suite au décès inopiné du Maréchal de Luxembourg, le commandement de l’armée française est confié au Maréchal de Villeroy, piètre stratège, mais proche du Roi Louis XIV. Ce dernier, irrité par la tournure que prennent les évènements, exige du Maréchal qui piétine dans les Flandres, une action d’éclat et lui enjoint de détruire Bruges ou Gand. Dans son souhait de plaire au Roi et surtout d’effacer ses échecs militaires, de Villeroy convainc Louis XIV de bombarder plutôt Bruxelles, afin d’attirer l’ennemi en un lieu plus propice pour le combat et de l’éloigner ainsi de Namur assiégée.

Suite à l’accord du Roi, les Français arrivent à Bruxelles le 11 août et installe leur artillerie, vingt-cinq mortiers et dix-huit canons à boulets rouges, sur les hauteurs ouest de la ville, au lieu dit « Scheut ».

Bruxelles n’est ni une place forte, ni une ville de garnison et ne peut offrir aucune défense. Les alliés par ailleurs, décidés à en finir avec Namur qui tombera après, ne souhaitent pas abandonner leur siège et décident de ne pas affaiblir leurs lignes en envoyant des troupes pour défendre Bruxelles. L’agresseur français, de son côté, n’a pas décidé de prendre la ville, mais souhaite seulement la bombarder et de la détruire au maximum.

Le bombardement, bien inutile dans ces conditions, commence dans la soirée du 13 août pour se terminer dans la journée du 15 et le vent seconda les Français de telle sorte que bientôt tout l’intérieur de la ville offre l’image d’une grande fournaise.

Pour ceux qui aiment les statistiques, signalons que plus de trois mille bombes et douze cents boulets rouges, seront projetés sur la ville.Le nombre de maisons détruites ou fortement endommagées s’élève à quatre mille. Le centre de la capitale est très touché, notamment les maisons de la Grande Place « construites en bois » ainsi que l’Hôtel de Ville, lourdement endommagé, mais dont la tour reste debout.

Hélas, ce bombardement détruit aussi la chambre du conseil, la « Kamer » que le Grand Serment occupe dans la Maison du Roi depuis 1643. Nous perdons une grande partie des archives, entreposées en ces lieux, ainsi que plusieurs tableaux magnifiques dont des oeuvres du maître de RUBENS, Otto Van VEEN dit VENIUS, d’Honoré JANSSENS et de Jan VAN ORLEY, oeuvres représentant Charles-Quint et son père Philippe le Beau, les archiducs Albert et Isabelle, les portraits de nos Roys et doyens, ainsi que diverses scènes tirées de l’Ancien Testament. Plusieurs magnifiques tapisseries et objets précieux, exposés dans cette « Camer » subirent le même sort.

Sans le savoir, nos voisins français détruisent là, la première partie de notre trésor et de nos archives. Le même peuple français, poussé cette fois par le courant révolutionnaire de la fin du siècle suivant, terminera ce travail de destruction.

          1787 à 1790 : La Révolution brabançonne

MannekenPis-agrégé-du-G.S.En 1787/1790, la Révolution brabançonne éclate. Joseph II, souhaitant rénover les institutions existantes, supprime les anciens privilèges. Bruxelles, capitale du Duché de Brabant, fort attaché à sa « Joyeuse Entrée » ne pouvait manquer de se hérisser contre cette mesure. Les Serments qui au cours du XVIIIe siècle, s'étaient laissé aller à ne plus être que des sociétés d'agréments, sauf pour quelques postes dont la garde de la Grand’Place, soulevés par les discours des avocats VANDER NOOT et VONCK se réarment, redeviennent des milices militaires. On forme une armée révolutionnaire ! Le Grand Serment fournit de l’infanterie placée sous les ordres du capitaine commandant VAN DER HAEGEN, secondé par un premier lieutenant, un sous-lieutenant, deux porte-enseigne, deux sergents, deux fourriers et neufs caporaux, membres assermentés du Serment. Onze autres compagnons assermentés seront dans les rangs des appointés. Les vingt-neuf membres de 1787, aptes à servir, sont donc ainsi répartis. Pour compléter les rangs, on engage deux cent six agrégés dont on connaît la liste et les noms et dans lesquels il y a deux tambours et deux fifres pour les accompagner aux gardes et parades.

Le Serment de Saint-Georges, se choisit pour chef-homme le duc d’URSEL et HOBOKEN et fournit un effectif de cavalerie ; l’achat, l’équipement et l’entretien d’une monture coûte pourtant fort cher !.

L’excitation patriotique est à son comble ! Les milices ainsi renouvelées, par une résolution du 16 juin 1787, se dotent de nouveaux uniformes adaptés à l’époque et aux nécessités d’une guerre moderne ; se dessinent et font peindre de nouveaux emblèmes, étendards et guidons ; et afin de mieux défiler dans les rues de la Ville, se dotent enfin d’un rutilant tambour major ! Ignace VITZHUMB, chef d’orchestre du Théâtre de la Monnaie ne dut pas y être étranger ! L’argent manque cependant, on aura qu’une seule clique et on se contentera de changer les épaulettes ou plus exactement les nids d’hirondelles du tambour major, suivant le Serment dont il honore la présence. Généralement on le représente avec les épaulettes aux épées croisées des escrimeurs, mais il est des représentations avec arbalètes ou arquebuses !

Au départ, les nouveaux corps de défenseurs de nos libertés seront essentiellement constitués des Serments, lesquels se comportèrent par ailleurs fort honorablement en chassant les Autrichiens de Bruxelles, le 12 septembre 1789. Par la suite, leur service se limitera surtout au maintien de l’ordre. Doucement, les règles de discipline semblent s’amenuiser, les idéaux patriotiques fondent devant les impératifs de la vie civile auxquels se retrouvent fatalement confrontés les bourgeois militarisés de nos Serments. Le tout se terminera lors de l’invasion des troupes révolutionnaires françaises avec la suppression des Serments.

Nous disons donc qu’il y eut un relâchement de l’esprit patriotique qu’auraient dû conserver les Serments. On ne peut le contester puisqu’on retrouve certains griefs repris dans les articles du « Copye-Boeck » des Magistrats de la Ville de Bruxelles de l’époque. Ces derniers dénoncent les faits, mais ne les expliquent pas.

En étudiant tout cela, nous nous sommes mis à réfléchir et nous aimerions avancer une petite hypothèse.

La fin du XVIIIe siècle est marquée d’un esprit révolutionnaire de la part d’une partie de la population, l’autre partie restant attachée à ses privilèges et ses traditions. Il se crée donc des philosophies, des esprits ou courants politiques nouveaux que n’avaient jamais connus les siècles précédents : l’un est progressiste et combat l’autre, qui est conservateur.

C’est probablement un peu la maladie qui s’installe dans nos Serments ! Le Grand Serment avait pris le parti de l’avocat VAN DER NOOT, lequel était profondément attaché à nos traditions et défendait les anciens droits. Le Serment de Saint-Georges suivit plutôt l’esprit de l’avocat VONCK qui allait jusqu’à reprocher parfois à Joseph II de ne pas avoir été assez loin dans ses innovations ! Les deux Serments arbalétriers de la ville de Bruxelles, qui jusqu’à présent, avaient toujours montré une unité d’esprit et de traditions (ce qui n’empêchait évidemment pas les affrontements ou joutes amicales!) se choisissent des voies de pensées différentes. Il se crée donc une scission qui n’aura pas le temps, les troupes françaises nous enlevant tout droit d’existence, de se marquer profondément, tout au moins de manière écrite, mais l’esprit des hommes reste marqué.

Il y a eu longtemps un antagonisme entre les deux Serments arbalétriers de Bruxelles. Il ne faut pas s’en cacher ! Cet état d’esprit, heureusement, disparaît, mais nous nous demandons si la chose ne remonte pas un peu à cette époque ? Les arbalétriers, survivants des Serments de l’Ancien Régime, en récréant des sociétés de divertissements dans le nouvel Etat belge d’après 1830, n’ont-ils pas partiellement importé cet esprit ? Cela peut sembler possible dans un nouvel Etat moderne où deux partis héritiers des idées révolutionnaires, libéral et catholique, ayant créé cette superbe Constitution dont s’inspireront d’autres pays, se partagent le pouvoir… avec leurs divergences. La population a acquis la liberté de pensée et d’opinion et cela s’entend dans les discussions familiales, même dans les familles les plus unies.

Ne serait-ce pas, partiellement, l’origine de ce léger climat d’antagonisme, que l’on explique parfois très difficilement, que l’on ne justifie presque jamais, qui heureusement disparaît actuellement, mais qui a obscurci pendant tout un temps l’histoire moderne des deux Serments reconstitués ? Dans tous les villages, il existe des familles qui se combattent par habitude, par tradition, sans vraiment connaître le champ, le chemin commun ou l’alliance détruite qui est à l’origine de leur conflit ! Serait-ce une des origines ?

          Nous poursuivrons encore cet aperçu historique avec un dernier point : la Révolution française. Revenez nous visiter. 

Grand-Serment---Petites-armes-à-deux-écus-couronnés
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